La gestion de l’image est devenue une gestion de la donnée personnelle. Chaque caméra installée dans votre commerce, votre entrepôt ou votre copropriété ne filme plus seulement des flux : elle enregistre des données soumises à un cadre juridique strict. Quand un client, un salarié ou un passant vous demande à consulter les enregistrements le concernant, savez-vous comment réagir sans enfreindre la loi ? Entre délai d’un mois, floutage des tiers et risque de sanction CNIL, la procédure exige rigueur et expertise.
Comprendre le cadre juridique entre lieux publics et espaces privés
La réglementation française de la vidéosurveillance repose sur une distinction fondamentale qui détermine vos obligations : la nature du lieu filmé. D’un côté, le Code de la Sécurité Intérieure (CSI) encadre les espaces ouverts au public comme les surfaces de vente, les halls d’accueil ou la voie publique. De l’autre, le RGPD s’applique aux lieux privés tels que les réserves, les bureaux ou les zones logistiques. Cette dualité n’est pas qu’une subtilité administrative : elle impose des formalités distinctes, avec des autorités de contrôle différentes.

Pour un supermarché, cela signifie jongler entre une autorisation préfectorale pour le magasin et une inscription au registre des traitements pour les espaces réservés au personnel. Mais attention : respecter le CSI ne vous dispense pas du RGPD. L’article L251-1 du CSI renvoie explicitement aux principes de protection des données. Même avec une autorisation préfectorale valide, filmer en permanence le poste de travail d’un caissier sans justification solide viole le principe de minimisation et vous expose aux sanctions de la CNIL.
L’article 15 du RGPD : un droit d’accès inconditionnel
L’article 15 du RGPD confère à toute personne filmée quatre prérogatives essentielles. D’abord, obtenir la confirmation que des données la concernant sont traitées. Ensuite, accéder aux images ou en obtenir une copie. Elle peut aussi exiger des informations contextuelles : pourquoi ces images sont-elles enregistrées, combien de temps sont-elles conservées, qui peut y accéder. Enfin, connaître la source des données si elles n’ont pas été collectées directement auprès d’elle.
Qui peut légitimement solliciter le visionnage des enregistrements ?
Le droit d’accès appartient à toute personne physique identifiable sur les images. Concrètement, plusieurs profils peuvent formuler une demande :

- Le client qui souhaite vérifier les circonstances d’un incident (chute, altercation, perte d’objet dans votre magasin)
- Le salarié qui veut contrôler l’étendue de la surveillance dont il fait l’objet, notamment dans un contexte disciplinaire
- Le tiers passant filmé par une caméra orientée vers les abords du bâtiment
- Les autorités judiciaires, qui disposent d’un droit d’accès global sur réquisition d’un officier de police judiciaire
Ce droit est strictement personnel : vous ne pouvez jamais communiquer les images d’un tiers à un autre résident ou client, même en cas de conflit de voisinage. Seule la police, sur réquisition, peut accéder aux images d’autrui.
Gérer une demande d’accès : les étapes clés du processus opérationnel
Dès réception d’une demande, le chronomètre légal se déclenche. Vous disposez d’un mois calendaire pour répondre, extensible à trois mois si la complexité technique le justifie (volume d’heures important, nécessité de floutage lourd). Mais cette prolongation doit être notifiée au demandeur avant la fin du premier mois, avec une explication claire des motifs. La première étape consiste à vérifier l’identité du demandeur. Transmettre des images à la mauvaise personne constitue une violation de données personnelles notifiable à la CNIL.
Vous pouvez légitimement exiger la production d’une pièce d’identité, sans pour autant en conserver une copie une fois la vérification effectuée. Le demandeur doit aussi préciser la date, l’heure approximative et le lieu exact où il a été filmé. Sans ces éléments, la recherche devient techniquement impossible dans un système enregistrant plusieurs caméras 24 heures sur 24. Une photo récente ou une description vestimentaire facilite grandement l’identification sur les flux.
Le défi technique du floutage et de l’anonymisation des tiers
Avant toute remise de copie, vous devez masquer les visages et signes distinctifs (plaques d’immatriculation) des tiers présents sur les images. Cette obligation découle de l’article 15-4 du RGPD : le droit d’accès ne doit pas porter atteinte aux droits et libertés d’autrui. Les frais techniques liés à ce floutage vous incombent exclusivement, selon la doctrine de la CNIL.
Remise de copie ou simple visionnage : quelles sont vos obligations ?
Le RGPD a fait évoluer la pratique : le droit d’obtenir une copie numérique des données est désormais explicite. Le simple visionnage sur place, autrefois courant, ne suffit plus sauf impossibilité technique majeure. Si le floutage s’avère trop coûteux ou techniquement irréalisable, vous pouvez proposer un visionnage contrôlé, en veillant à ce que le demandeur ne filme pas l’écran avec son téléphone.
La gestion de l’image est devenue une gestion de la donnée personnelle. Ce qui ne se voit pas ne se vole pas, mais ce qui est filmé doit être protégé.
Principe de conformité RGPD
Comment Lease Protect France simplifie votre mise en conformité
Une architecture pensée « Privacy by Design » prévient les litiges dès l’installation. Nos techniciens configurent les caméras pour qu’elles intègrent des masquages privatifs dynamiques : les fenêtres des voisins ou les zones interdites sont automatiquement occultées par un carré noir, garantissant le respect de l’article L251-3 du CSI. Cette approche technique transforme une contrainte réglementaire en processus maîtrisé, sans intervention manuelle à chaque enregistrement.
Les fonctionnalités Smart Search réduisent drastiquement le temps de recherche. Grâce à la People Detection, vous filtrez les enregistrements pour n’afficher que les séquences où une forme humaine a été détectée dans la zone concernée, ignorant les mouvements d’animaux ou de véhicules. Si le demandeur indique « je suis entré par la porte B vers 14h », l’Intelligent Detection permet de rechercher spécifiquement les franchissements de ligne à cet endroit et à cette heure. Ce qui prenait des heures de visionnage linéaire se résout en quelques minutes. Découvrez l’intelligence artificielle au service de la sécurité.
LPView et LPLive : la traçabilité au service de la sécurité juridique
Les systèmes enregistrent les logs de connexion : vous savez exactement quel opérateur a visionné quelle caméra et quand. Cette traçabilité est exigée par la CNIL pour sécuriser l’accès aux images et détecter d’éventuels abus internes. Lors de l’export d’une séquence, le watermarking (tatouage numérique) garantit que la vidéo n’a pas été altérée, un élément crucial si les images doivent servir de preuve en justice.


L’intelligence artificielle pour minimiser le stockage de données personnelles
Les outils de comptage de personnes ou de cartes de chaleur traitent souvent des métadonnées (coordonnées x,y, flux) plutôt que des images identifiantes stockées. En privilégiant ces métadonnées statistiques pour l’analyse business, vous atteignez vos objectifs commerciaux (optimisation des rayons) sans stocker inutilement des téraoctets de vidéos personnelles, respectant ainsi le principe de minimisation des données. Découvrez nos solutions professionnelles.
Le panneau d’information : une obligation stricteL’affichage n’est pas optionnel. Les panneaux doivent être visibles à l’entrée de la zone surveillée et mentionner : l’identité du responsable, les finalités (sécurité, contrôle d’accès), la durée de conservation, les droits des personnes (accès, rectification), les coordonnées du DPO ou du service à contacter, et le droit de réclamation auprès de la CNIL. Un simple pictogramme « Sous vidéosurveillance » est insuffisant et passible de sanction. En savoir plus sur les obligations légales.
Sanctions et risques encourus en cas de refus ou de négligence
La CNIL dispose d’un pouvoir de sanction gradué mais redoutable. Le simple rappel à l’ordre pour les manquements mineurs peut rapidement évoluer vers une injonction sous astreinte (souvent 100 à 500 euros par jour de retard) si vous ne répondez pas à une demande d’accès. L’arme de dissuasion massive reste l’amende administrative publique : jusqu’à 20 millions d’euros ou 4% du chiffre d’affaires mondial. La publicité de la sanction sur le site de la CNIL ajoute un risque réputationnel majeur.
Au-delà de la CNIL, le Code Pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende l’atteinte à l’intimité de la vie privée par captation d’image dans un lieu privé sans consentement. Dans le monde du travail, des preuves obtenues par une vidéosurveillance illicite (non déclarée, disproportionnée) sont irrecevables aux Prud’hommes et peuvent entraîner la nullité d’un licenciement, avec dommages et intérêts conséquents pour le salarié.
Jurisprudences récentes : ce qu’il faut retenir des contrôles CNIL
L’affaire Amazon France Logistique (32 millions d’euros en 2023) illustre les dangers de la surveillance excessive. Bien que portant sur des scanners, le principe est transposable à la vidéo : suivre à la seconde près l’activité des employés crée une pression psychologique insupportable et viole le principe de minimisation. En septembre 2025, La Samaritaine a été sanctionnée de 100 000 euros pour avoir dissimulé des caméras, la CNIL rappelant que le principe de loyauté interdit toute surveillance occulte.
Les sanctions peuvent atteindre 4% du chiffre d’affaires mondial. La conformité n’est pas une option, c’est une nécessité économique et éthique.
Doctrine CNIL 2025
Vos questions fréquentes sur le droit d’accès aux images
Qui peut demander à voir les images de vidéosurveillance ? Toute personne physique identifiable sur les enregistrements peut exercer son droit d’accès : clients, salariés, passants filmés sur les abords du bâtiment. Ce droit est strictement personnel et ne nécessite aucune justification particulière de la part du demandeur.
Quel est le délai pour répondre à une demande d’accès aux images ? Vous disposez d’un mois calendaire à compter de la réception de la demande. Ce délai peut être prolongé de deux mois supplémentaires si la complexité technique le justifie, à condition d’informer le demandeur avant la fin du premier mois.
Peut-on obtenir une copie des images de vidéosurveillance ? Oui, le RGPD reconnaît explicitement le droit d’obtenir une copie numérique des données. Le simple visionnage sur place ne suffit plus, sauf impossibilité technique majeure dûment justifiée.
Comment flouter des tiers sur une vidéo de surveillance ? Vous devez masquer les visages et signes distinctifs (plaques d’immatriculation) des personnes présentes sur les images avant toute remise de copie. Les frais techniques liés à ce floutage vous incombent exclusivement. Les systèmes modernes proposent des fonctionnalités de floutage semi-automatisé pour faciliter cette opération.
Quelles sont les sanctions en cas de refus d’accès aux images ? Le refus injustifié expose à une injonction sous astreinte (100 à 500 euros par jour) et à une amende administrative pouvant atteindre 20 millions d’euros ou 4% du chiffre d’affaires mondial. La publicité de la sanction amplifie le risque réputationnel.
Quelle est la durée de conservation légale des images de vidéosurveillance ? La durée maximale est généralement fixée à 30 jours, sauf enquête judiciaire en cours. Cette durée doit être proportionnée aux finalités déclarées et respecter le principe de minimisation des données. Consultez notre politique de confidentialité.
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